Appel aux personnes blessées par la police à Dijon

La caisse de solidarité contre la répression organise une soirée pour parler des violences policières, et invite les personnes qui aurait été blessées par la police à la contacter.

Nous voulons organiser une soirée pour parler des blessures que les flics infligent, et de leurs conséquences sur nos vies personnelles, mais aussi sur nos manières de nous sentir à l’aise dans les rues de Dijon.

Le film « À nos corps défendants », qui parle de violences policières, sera projeté au cinéma l’Eldorado le 20 mars à 20h en présence de son réalisateur IanB, impliqué depuis plusieurs années dans des collectifs de personnes blessées.

Nous vous proposons de profiter de sa venue pour nous rencontrer et voir s’il est possible de s’entre-aider.

Contactez-nous par mail ou par téléphone si cette soirée vous intéresse, ou si vous avez envie de nous rencontrer à un autre moment.

La Caisse de solidarité contre la répression
caissedeso21@riseup.net
07 53 49 05 48

Depuis quelques années à Dijon, la Caisse de Solidarité contre la répression s’organise autour des questions de répressions policières et juridiques. Il s’agit essentiellement d’être en mesure de trouver des avocats, de trouver de l’argent collectivement pour les payer et d’élaborer ensemble les défenses des personnes inculpées.

Municipales à Dijon: une liste constituée à 100% d’avocats contre la réforme des retraites

Une liste constituée exclusivement d’avocats a été déposée en vue des élections municipales à Dijon, pour “éveiller les consciences” contre la réforme des retraites.

Cette liste baptisée “Nous ne battrons pas en retraite” est composée de 59 noms, tous avocats, et a pour objectif d'”éveiller les consciences”.

Une liste constituée exclusivement d’avocats a été déposée mardi en vue des élections municipales à Dijon, pour “éveiller les consciences” contre la réforme des retraites, selon la tête de liste, Jean-Baptiste Gavignet.

“On veut interpeller les gens, faire en sorte que les citoyens puissent s’exprimer car tous les citoyens sont concernés”, a déclaré Me Gavignet en sortant de la préfecture de Côte d’Or, où il venait de déposer la liste de 59 noms, tous avocats.

“L’enjeu, c’est que le débat ait lieu, c’est de créer un canal démocratique : il n’y a pas mieux que l’expression démocratique dans les urnes”, a ajouté la tête de liste, accompagnée à la préfecture de quelques dizaines de ses collègues. Baptisée “Nous ne battrons pas en retraite”, la liste est la première du genre à avoir été déposée en France, selon l’avocat, qui assure que “d’autres barreaux vont suivre”, sans plus de précision.
“Véritable indignation face à un plan social”

Le mouvement de grève des avocats contre la réforme de leur régime autonome de retraite, qui dure depuis plus de six semaines, est largement suivi à Dijon. La liste, initiée par un groupe d’avocats et non par le barreau, est apolitique, assure Me Gavignet: “On n’a pas de couleur; on a des valeurs”.

“On n’a pas de programme à proprement parler”, reconnaît Me Gavignet, qui assure qu’il ne s’agit “pas d’un coup de communication mais d’une véritable indignation face à un plan social qui ne dit pas son nom, d’environ 15 000 avocats”.

Selon le Conseil national des barreaux (CNB), qui représente les 70 000 avocats de France, la réforme entraînera la mort des petits cabinets en doublant les cotisations retraite (de 14 à 28%) pour ceux gagnant moins de 40 000 euros par an. La liste dijonnaise ne se fixe pas d’objectif en termes de voix ni de sièges. “Un bon score sera d’éveiller les consciences”, estime Me Gavignet.

Source L’Express : https://www.lexpress.fr/actualite/politique/municipales-a-dijon-une-liste-constituee-a-100-d-avocats-contre-la-reforme-des-retraites_2118746.html

Référendum sur la réforme des retraites

Un référendum sur le retrait du projet actuel de la réforme des retraites…
Vous y avez pensé…2 Français sur 3 le souhaitent.

Nous, Gilets Jaunes, l’organisons !

Citoyen(ne)s, gilets jaunes ou pas, syndiqué(e)s ou pas, organisez le bureau de vote “référendum” du lieu où vous votez. Il suffit de 3 personnes responsables pour garantir le bon déroulement du vote.

Pour officialiser votre lieu de démocratie directe :
https://referendumretraite.frama.site/

Dimanche 15 mars, en vous rendant à votre bureau de vote pour le premier tour des élections municipales, nous vous proposerons ce référendum: vous pourrez répondre par OUI ou par NON à la question suivante:
Selon vous, faut-il retirer le projet actuel de réforme des retraites ?

«Désormais on se lève et on se barre», par Virginie Despentes

Je vais commencer comme ça : soyez rassurés, les puissants, les boss, les chefs, les gros bonnets : ça fait mal. On a beau le savoir, on a beau vous connaître, on a beau l’avoir pris des dizaines de fois votre gros pouvoir en travers de la gueule, ça fait toujours aussi mal. Tout ce week-end à vous écouter geindre et chialer, vous plaindre de ce qu’on vous oblige à passer vos lois à coups de 49.3 et qu’on ne vous laisse pas célébrer Polanski tranquilles et que ça vous gâche la fête mais derrière vos jérémiades, ne vous en faites pas : on vous entend jouir de ce que vous êtes les vrais patrons, les gros caïds, et le message passe cinq sur cinq : cette notion de consentement, vous ne comptez pas la laisser passer. Où serait le fun d’appartenir au clan des puissants s’il fallait tenir compte du consentement des dominés ? Et je ne suis certainement pas la seule à avoir envie de chialer de rage et d’impuissance depuis votre belle démonstration de force, certainement pas la seule à me sentir salie par le spectacle de votre orgie d’impunité.

Il n’y a rien de surprenant à ce que l’académie des césars élise Roman Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est grotesque, c’est insultant, c’est ignoble, mais ce n’est pas surprenant. Quand tu confies un budget de plus de 25 millions à un mec pour faire un téléfilm, le message est dans le budget. Si la lutte contre la montée de l’antisémitisme intéressait le cinéma français, ça se verrait. Par contre, la voix des opprimés qui prennent en charge le récit de leur calvaire, on a compris que ça vous soûlait. Alors quand vous avez entendu parler de cette subtile comparaison entre la problématique d’un cinéaste chahuté par une centaine de féministes devant trois salles de cinéma et Dreyfus, victime de l’antisémitisme français de la fin du siècle dernier, vous avez sauté sur l’occasion. Vingt-cinq millions pour ce parallèle. Superbe. On applaudit les investisseurs, puisque pour rassembler un tel budget il a fallu que tout le monde joue le jeu : Gaumont Distribution, les crédits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… la main à la poche, et généreux, pour une fois. Vous serrez les rangs, vous défendez l’un des vôtres. Les plus puissants entendent défendre leurs prérogatives : ça fait partie de votre élégance, le viol est même ce qui fonde votre style. La loi vous couvre, les tribunaux sont votre domaine, les médias vous appartiennent. Et c’est exactement à cela que ça sert, la puissance de vos grosses fortunes : avoir le contrôle des corps déclarés subalternes. Les corps qui se taisent, qui ne racontent pas l’histoire de leur point de vue. Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent. Que ça soit à l’Assemblée nationale ou dans la culture – marre de se cacher, de simuler la gêne. Vous exigez le respect entier et constant. Ça vaut pour le viol, ça vaut pour les exactions de votre police, ça vaut pour les césars, ça vaut pour votre réforme des retraites. C’est votre politique : exiger le silence des victimes. Ça fait partie du territoire, et s’il faut nous transmettre le message par la terreur vous ne voyez pas où est le problème. Votre jouissance morbide, avant tout. Et vous ne tolérez autour de vous que les valets les plus dociles. Il n’y a rien de surprenant à ce que vous ayez couronné Polanski : c’est toujours l’argent qu’on célèbre, dans ces cérémonies, le cinéma on s’en fout. Le public on s’en fout. C’est votre propre puissance de frappe monétaire que vous venez aduler. C’est le gros budget que vous lui avez octroyé en signe de soutien que vous saluez – à travers lui c’est votre puissance qu’on doit respecter.

Il serait inutile et déplacé, dans un commentaire sur cette cérémonie, de séparer les corps de cis mecs aux corps de cis meufs. Je ne vois aucune différence de comportements. Il est entendu que les grands prix continuent d’être exclusivement le domaine des hommes, puisque le message de fond est : rien ne doit changer. Les choses sont très bien telles qu’elles sont. Quand Foresti se permet de quitter la fête et de se déclarer «écœurée», elle ne le fait pas en tant que meuf – elle le fait en tant qu’individu qui prend le risque de se mettre la profession à dos. Elle le fait en tant qu’individu qui n’est pas entièrement assujetti à l’industrie cinématographique, parce qu’elle sait que votre pouvoir n’ira pas jusqu’à vider ses salles. Elle est la seule à oser faire une blague sur l’éléphant au milieu de la pièce, tous les autres botteront en touche. Pas un mot sur Polanski, pas un mot sur Adèle Haenel. On dîne tous ensemble, dans ce milieu, on connaît les mots d’ordre : ça fait des mois que vous vous agacez de ce qu’une partie du public se fasse entendre et ça fait des mois que vous souffrez de ce qu’Adèle Haenel ait pris la parole pour raconter son histoire d’enfant actrice, de son point de vue.

Alors tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but : vérifier le pouvoir absolu des puissants. Et les puissants aiment les violeurs. Enfin, ceux qui leur ressemblent, ceux qui sont puissants. On ne les aime pas malgré le viol et parce qu’ils ont du talent. On leur trouve du talent et du style parce qu’ils sont des violeurs. On les aime pour ça. Pour le courage qu’ils ont de réclamer la morbidité de leur plaisir, leur pulsion débile et systématique de destruction de l’autre, de destruction de tout ce qu’ils touchent en vérité. Votre plaisir réside dans la prédation, c’est votre seule compréhension du style. Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défendez Polanski : vous exigez qu’on vous admire jusque dans votre délinquance. C’est cette exigence qui fait que lors de la cérémonie tous les corps sont soumis à une même loi du silence. On accuse le politiquement correct et les réseaux sociaux, comme si cette omerta datait d’hier et que c’était la faute des féministes mais ça fait des décennies que ça se goupille comme ça : pendant les cérémonies de cinéma français, on ne blague jamais avec la susceptibilité des patrons. Alors tout le monde se tait, tout le monde sourit. Si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant : respect et solidarité. Ne jamais parler en public de ce qui se passe pendant les castings ni pendant les prépas ni sur les tournages ni pendant les promos. Ça se raconte, ça se sait. Tout le monde sait. C’est toujours la loi du silence qui prévaut. C’est au respect de cette consigne qu’on sélectionne les employés.

Et bien qu’on sache tout ça depuis des années, la vérité c’est qu’on est toujours surpris par l’outrecuidance du pouvoir. C’est ça qui est beau, finalement, c’est que ça marche à tous les coups, vos saletés. Ça reste humiliant de voir les participants se succéder au pupitre, que ce soit pour annoncer ou pour recevoir un prix. On s’identifie forcément – pas seulement moi qui fais partie de ce sérail mais n’importe qui regardant la cérémonie, on s’identifie et on est humilié par procuration. Tant de silence, tant de soumission, tant d’empressement dans la servitude. On se reconnaît. On a envie de crever. Parce qu’à la fin de l’exercice, on sait qu’on est tous les employés de ce grand merdier. On est humilié par procuration quand on les regarde se taire alors qu’ils savent que si Portrait de la jeune fille en feu ne reçoit aucun des grands prix de la fin, c’est uniquement parce qu’Adèle Haenel a parlé et qu’il s’agit de bien faire comprendre aux victimes qui pourraient avoir envie de raconter leur histoire qu’elles feraient bien de réfléchir avant de rompre la loi du silence. Humilié par procuration que vous ayez osé convoquer deux réalisatrices qui n’ont jamais reçu et ne recevront probablement jamais le prix de la meilleure réalisation pour remettre le prix à Roman fucking Polanski. Himself. Dans nos gueules. Vous n’avez décidément honte de rien. Vingt-cinq millions, c’est-à-dire plus de quatorze fois le budget des Misérables, et le mec n’est même pas foutu de classer son film dans le box-office des cinq films les plus vus dans l’année. Et vous le récompensez. Et vous savez très bien ce que vous faites – que l’humiliation subie par toute une partie du public qui a très bien compris le message s’étendra jusqu’au prix d’après, celui des Misérables, quand vous convoquez sur la scène les corps les plus vulnérables de la salle, ceux dont on sait qu’ils risquent leur peau au moindre contrôle de police, et que si ça manque de meufs parmi eux, on voit bien que ça ne manque pas d’intelligence et on sait qu’ils savent à quel point le lien est direct entre l’impunité du violeur célébré ce soir-là et la situation du quartier où ils vivent. Les réalisatrices qui décernent le prix de votre impunité, les réalisateurs dont le prix est taché par votre ignominie – même combat. Les uns les autres savent qu’en tant qu’employés de l’industrie du cinéma, s’ils veulent bosser demain, ils doivent se taire. Même pas une blague, même pas une vanne. Ça, c’est le spectacle des césars. Et les hasards du calendrier font que le message vaut sur tous les tableaux : trois mois de grève pour protester contre une réforme des retraites dont on ne veut pas et que vous allez faire passer en force. C’est le même message venu des mêmes milieux adressé au même peuple : «Ta gueule, tu la fermes, ton consentement tu te le carres dans ton cul, et tu souris quand tu me croises parce que je suis puissant, parce que j’ai toute la thune, parce que c’est moi le boss.»

Alors quand Adèle Haenel s’est levée, c’était le sacrilège en marche. Une employée récidiviste, qui ne se force pas à sourire quand on l’éclabousse en public, qui ne se force pas à applaudir au spectacle de sa propre humiliation. Adèle se lève comme elle s’est déjà levée pour dire voilà comment je la vois votre histoire du réalisateur et son actrice adolescente, voilà comment je l’ai vécue, voilà comment je la porte, voilà comment ça me colle à la peau. Parce que vous pouvez nous la décliner sur tous les tons, votre imbécillité de séparation entre l’homme et l’artiste – toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur. On trimballe ce qu’on est et c’est tout. Venez m’expliquer comment je devrais m’y prendre pour laisser la fille violée devant la porte de mon bureau avant de me mettre à écrire, bande de bouffons.

Adèle se lève et elle se casse. Ce soir du 28 février on n’a pas appris grand-chose qu’on ignorait sur la belle industrie du cinéma français par contre on a appris comment ça se porte, la robe de soirée. À la guerrière. Comme on marche sur des talons hauts : comme si on allait démolir le bâtiment entier, comment on avance le dos droit et la nuque raidie de colère et les épaules ouvertes. La plus belle image en quarante-cinq ans de cérémonie – Adèle Haenel quand elle descend les escaliers pour sortir et qu’elle vous applaudit et désormais on sait comment ça marche, quelqu’un qui se casse et vous dit merde. Je donne 80% de ma bibliothèque féministe pour cette image-là. Cette leçon-là. Adèle je sais pas si je te male gaze ou si je te female gaze mais je te love gaze en boucle sur mon téléphone pour cette sortie-là. Ton corps, tes yeux, ton dos, ta voix, tes gestes tout disait : oui on est les connasses, on est les humiliées, oui on n’a qu’à fermer nos gueules et manger vos coups, vous êtes les boss, vous avez le pouvoir et l’arrogance qui va avec mais on ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse. C’est probablement une image annonciatrice des jours à venir. La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C’est la seule réponse possible à vos politiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun respect pour votre mascarade de respectabilité. Votre monde est dégueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous êtes une bande d’imbéciles funestes. Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde.

Virginie Despentes romancière

La Canaille: « Le Soulèvement aura lieu » mai 2011

Écoutez le requiem des ventres creux
Qui monte au loin un cran plus fort à chaque nouvelle recrue
Ces crocs sont acérés, brillent d’une blancheur nacrée

N’ayez crainte car ils n’attendent qu’une chose : qu’on les libère de leur écrin
Nous vous cracherons nos cris coincés dans le gosier
Avec la poésie des bêtes de sommes qui sortent de l’enclos
Nous bannirons les mots ramollis de pleurs et de sanglots
Et ceux qui vous désignerons serons alors des plus grossiers
Et vous pourrez toujours nous jouer de la rhétorique
Oui nous aurons pour vous la langue lourde et méthodique
Vous accuserez le coup d’une mémoire séculaire
L’évolution de ce monde ne sera pour vous plus jamais salutaire

Le soulèvement aura lieu
L’air est électrique le temps est lourd et orageux
Le soulèvement aura lieu
Oui c’est une évidence et t’auras beau prier ton Dieu

Mais à quoi bon préparer votre retraite
Une horde d’affamés s’amassent en bas de vos fenêtres
Et pour vous alla cautériser l’endroit où croisse la tendresse
Oui messieurs c’est bien à vous qu’elle s’adresse
Son visage est d’un calme absolu
Et vous défie du fond des yeux d’un air ferme et résolu
Et la vous comprenez trop tard que votre époque est révolue

Que si on en est là c’est parce que vous l’avez voulu
La pluie inondera de larmes le pavé
Les vents de nos clameurs soufflera vos certitudes
Des coulées de dégoûts engloutiront tous vos palais
Charriées par ce torrent qui sort du lit de sa servitude

Le soulèvement aura lieu
L’air est électrique le temps est lourd et orageux
Le soulèvement aura lieu
Oui c’est une évidence et t’auras beau prier ton Dieu

Finis les tons condescendants et les conseils paternalistes

Vos sourires narquois et tous vos traits d’humour raciste
Vous ne pourrez plus vous afficher de dorures indécentes
Vous gargarisez de dividendes et jouir du fruit de vos rentes
Quand vous sonnerez la cloche, seul le silence vous répondra
Vous maudirez votre petit personnel et les traiterez d’ingrats
Et nous ! Nous les bâtards, les rebuts et les déchets
Nous danserons autour du grand bûcher de vos rêves déchus

Le soulèvement aura lieu

(x2)

Le soulèvement aura lieu
L’air est électrique le temps est lourd et orageux
Le soulèvement aura lieu
Oui c’est une évidence et t’auras beau prier ton Dieu

LETTRE D’UN GILET JAUNE EN PRISON

Le 29/04/2019.

Bonjour,

Je m’appelle Thomas. Je fais partie de ces nombreux Gilets Jaunes qui dorment en ce moment en prison. Cela fait près de 3 mois que je suis incarcéré à Fleury-Mérogis sous mandat de dépôt criminel.

Je suis accusé de pas mal de choses après ma participation à l’acte XIII à Paris :

« dégradation ou détérioration d’un bien appartenant à autrui »

« dégradation ou détérioration d’un bien appartenant à autrui par un moyen dangereux pour les personnes » (incendie d’une Porsche)

« dégradation ou détérioration de bien par un moyen dangereux pour les personnes commise en raison de la qualité de la personne dépositaire de l’autorité publique de son propriétaire » (le ministère des armées)

« dégradation ou détérioration d’un bien destiné à l’utilité ou la décoration publique » (attaque sur une voiture de police et une voiture de l’administration pénitentiaire)

« violence aggravée par deux circonstances (avec arme et sur dépositaire de l’autorité publique) suivi d’incapacité n’excédant pas 8 jours » (l’arme serait une barrière de chantier, toujours sur la même voiture de police, 2 jours d’ITT pour le traumatisme)

« violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique sans incapacité »

« participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destruction ou dégradation de biens ».

J’ai effectivement commis une partie des actes que recouvrent ces formulations un peu ronflantes… Et je les assume. J’ai bien conscience qu’écrire cela risque de me faire rester un peu plus de temps en prison et je comprends très bien tous ceux qui préfèrent ne pas revendiquer leurs actes devant la justice et parient sur une éventuelle clémence.

Quand on lit cette longue liste de délits et leurs intitulés, il y a de quoi me prendre pour un fou furieux, n’est-ce pas ? C’est d’ailleurs comme ça que l’on m’a décrit dans les media. Enfin, on m’a plutôt réduit à un mot bien pratique : « casseur ». Simplement. « Pourquoi ce type a cassé? – Parce que c’est un casseur, c’est évident. » Tout est dit, circulez il n’y a rien à voir et surtout, rien à comprendre. À croire que certains naissent « casseur ». Cela évite d’avoir à se demander pourquoi tel commerce est ciblé plutôt que tel autre, et si par hasard ces actes n’auraient pas un sens, au moins pour ceux qui prennent le risque de les accomplir.

Il est d’ailleurs assez ironique, que je me retrouve affublé du stigmate de « casseur », notamment parce que la chose que j’apprécie le plus dans la vie, c’est la construction. Menuiserie, charpente, maçonnerie, plomberie, électricité, soudure… Bricoler, réparer tout ce qui traîne, construire une maison de la dalle aux finitions, c’est ça mon truc. Après, c’est vrai, rien de ce que j’ai construit ou réparé ne ressemble à une banque ou à une voiture de police.

Dans certains médias, on m’a aussi traité de « brute », pourtant je n’ai jamais été quelqu’un de violent. On pourrait même dire que je suis doux. À tel point que cela m’a rendu la vie compliquée pendant l’adolescence. Bien sûr, dans la vie, on passe tous par des situations difficiles et on s’endurcit. Après, je ne cherche pas à dire que je suis un agneau ni une victime.

On n’est plus innocent quand on a vu la violence « légitime », la violence légale : celle de la police. J’ai vu la haine ou le vide dans leurs yeux et j’ai entendu leurs sommations glaçantes: «dispersez-vous, rentrez chez vous ». J’ai vu les charges, les grenades et les tabassages en règle. J’ai vu les contrôles, les fouilles, les nasses, les arrestations et la prison. J’ai vu les gens tomber, en sang, j’ai vu les mutilés. Comme tous ceux qui manifestaient ce 9 février, j’ai appris qu’une nouvelle fois, un homme venait de se faire arracher la main par une grenade. Et puis je n’ai plus rien vu, à cause des gaz. Tous, nous suffoquions. C’est à ce moment-là que j’ai décidé ne plus être une victime et de me battre. J’en suis fier. Fier d’avoir relevé la tête, fier de ne pas avoir cédé à la peur.

Bien sûr, comme tous ceux qui sont visés par la répression du mouvement des Gilets Jaunes, j’ai d’abord manifesté pacifiquement et au quotidien, je règle toujours les problèmes par la parole plutôt que par les poings. Mais je suis convaincu que dans certaines situations, le conflit est nécessaire. Car le débat aussi « grand » soit il, peut parfois être truqué ou faussé. Il suffit pour cela que celui qui l’organise pose les questions dans les termes qui l’arrangent. On nous dit d’un côté que les caisses de l’État sont vides mais on renfloue les banques à coups de millions dès qu’elles sont en difficulté, on nous parle de « transition écologique » sans jamais remettre en question le système de production et de consommation à l’origine de tous les dérèglements climatiques¹. Nous sommes des millions à leur hurler que leur système est pourri et ils nous expliquent comment ils prétendent le sauver.

En fait, tout est question de justesse. Il y a un usage juste de la douceur, un usage juste de la parole et un usage juste de la violence.

Il nous faut prendre les choses en main et arrêter d’implorer des pouvoirs si déterminés à nous mener dans le mur. Il nous faut un peu de sérieux, un peu d’honneur et reconnaître qu’un certain nombre de systèmes, d’organisations et d’entreprises détruisent nos vies autant que notre environnement et qu’il faudra bien un jour les mettre hors d’état de nuire. Ça implique d’agir, ça implique des gestes, ça implique des choix : manif sauvage ou maintien de l’ordre ?

À ce propos, j’entends beaucoup de conneries à la télé, mais il y en a une qui me semble particulièrement grossière. Non, aucun manifestant ne cherche à « tuer des flics ». L’enjeu des affrontements de rue c’est de parvenir à faire reculer la police, à la tenir en respect : pour sortir d’une nasse, atteindre un lieu de pouvoir ou simplement reprendre la rue. Depuis le 17 novembre, ceux qui ont menacé de sortir leur armes, ceux qui brutalisent, mutilent et asphyxient des manifestants désarmés et sans défense, ce ne sont pas les soit-disant « casseurs », ce sont les forces de l’ordre. Si les médias en parlent peu, les centaines de milliers de personnes qui sont allées sur les ronds-points et dans les rues le savent. Derrière leur brutalité et leurs menaces, c’est la peur qui se cache. Et quand ce moment arrive, en général, c’est que la révolution n’est pas loin.

Si je n’ai jamais eu envie de voir mon nom étalé dans la presse, c’est désormais le cas, et comme je m’attends à ce que journalistes et magistrats épluchent et exposent ma vie personnelle, autant prendre moi-même la parole². Voilà donc ma petite histoire. Après une enfance somme toute assez banale dans une petite ville du Poitou, je suis parti dans la « grande ville » d’à côté pour commencer des études, quitter le foyer familial (même si j’aime beaucoup mes parents), commencer la vie active. Pas dans le but de trouver du travail et de prendre des crédits, non, plutôt pour voyager, faire de nouvelles expériences, trouver l’amour, vivre des trucs dingues, l’aventure quoi. Ceux qui ne rêvent pas de cela à 17 ans doivent être sérieusement dérangés.

Cette possibilité-là, pour moi, c’était la fac mais j’ai vite déchanté face à l’ennui et l’apathie régnants. Puis coup de chance, je suis tombé sur une assemblée générale au début du mouvement des retraites. Il y avait des gens qui voulaient bloquer la fac et qui ont attiré mon attention. J’en ai rencontré quelques-uns qui voulaient occuper un bâtiment et rejoindre les dockers. Le lendemain, je les ai accompagné pour murer le local du Medef et taguer « pouvoir au peuple » sur les parpaings tout frais. Voilà le jour où l’homme que je suis aujourd’hui est né.

J’ai donc étudié l’Histoire parce qu’on parlait beaucoup de révolution et que je ne voulais pas parler depuis une position d’ignorant. Mais très vite, je décidais de quitter la fac. Le constat était simple, non seulement on en apprenait bien plus dans les bouquins qu’en cours mais en plus de cela je n’avais pas envie de m’élever socialement pour devenir un petit cadre aisé du système que je voulais combattre. Là c’était le vrai début de l’aventure.

Ensuite, j’ai vécu avec plein de potes en ville ou à la campagne, c’est là que j’ai appris à tout réparer, à tout construire. On essayait de tout faire nous-mêmes plutôt que de bosser pour l’acheter. Un peu une vie de hippie, quoi! À la différence qu’on savait qu’on n’allait pas changer le monde en s’enterrant dans notre petit cocon auto-suffisant. Alors, j’ai toujours gardé le contact avec l’actualité politique, je suis allé à la rencontre de celles et ceux qui, comme moi dans le passé, vivaient leur premier mouvement.

Voilà comment j’ai rejoint les Gilets Jaunes depuis maintenant quatre mois. C’est le mouvement le plus beau et le plus fort que j’ai jamais vu. Je m’y suis jeté corps et âme, sans hésitation. L’après-midi de mon arrestation, plusieurs fois des gens sont venus vers moi pour me saluer, me remercier ou me dire de faire attention à moi. Les actes que l’on me reproche, ceux que j’ai commis et les autres, ils sont en réalité collectifs. Et c’est précisément de cela dont le pouvoir à peur et c’est pour cette raison qu’ils nous répriment et nous enferment individuellement en tentant de nous monter les uns contre les autres. Le gentil citoyen contre le méchant « casseur ». Mais de toute évidence, ni la matraque ni la prison ne semblent arrêter ce mouvement. Je suis de tout cœur avec celles et ceux qui continuent.

Depuis les murs de Fleury-Merogis, Thomas, gilet jaune.

SAUVONS LES TERRES !

POUR UNE TRANSFORMATION DES ZAU (zones à urbaniser) EN ZAD (zones à défendre)

La production frénétique d’objets et de services des
sociétés dites “développées” et “en développement” est
responsable du désastre planétaire actuel. Une telle production
n’est possible que parce que beaucoup trop de pétrole et de
charbon sont consumés, que parce que beaucoup trop
d’humain·e·s et d’animaux sont exploité·e·s, que parce beaucoup
trop de forêts sont abattues, que parce que beaucoup trop de
déchets sont rejetés dans la nature ou brûlés, etc.

Cette économie productiviste est soutenue et protégée
par ces grosses machines que sont les États, qui ne jurent que
par la croissance de leur production économique – comme
beaucoup ne jurent que par l’accumulation de billets, d’objets en
tout genre, ou de followers. Plus, c’est toujours mieux. Mieux
qu’avant quand c’était moins, et mieux que les autres qui ont
moins, aussi. C’est comme ça. C’est le jeu mortifère auquel ils
nous font jouer.

Les possédants consument la planète parce que ça leur
rapporte, et ceux qui veulent nous gouverner les soutiennent
parce que, dans notre société, cela leur profite. Pouvoir,
reconnaissance, argent : complètement aveuglés par leur
“réussite”, ils sont d’autant plus enclins que quiconque à être
dans le déni de l’urgence écologique et à refuser un changement
radical de société. C’est toujours plus dur de changer de jeu
quand on est en train de gagner la partie que quand on est en
train de la perdre ! Mais ce jeu a des conséquences réelles, et
tout le monde va perdre si on continue comme ça.

On ne peut pas espérer que les gouvernants ou les
patrons acceptent de changer de société. Tout ce qu’ils auront à
proposer ne sera qu’un aménagement du désastre en cours. Si
nous voulons sauver notre futur, il faut arrêter d’attendre leur
permission ! Si nous voulons créer un monde viable et
désirable, un monde où on ne joue pas les un·e·s contre les
autres et tou·te·s contre notre planète, il faut agir ensemble,
sans médiation – et maintenant, sans transition.

Le mouvement des Gilets Jaunes exprime ce désir
d’autonomie politique, cette volonté de s’organiser en
assemblées populaires, sans hiérarchie, sans autorité, pour
changer nous-mêmes la manière dont nous vivons ensemble.
Dans la continuité des collectifs écologistes, le mouvement des
lycéen·ne·s, lui, replace l’enjeu planétaire au centre de la lutte. Il
nous faut conjuguer ces forces, nous organiser sans politiciens
en prenant toujours plus en compte ce qui est depuis longtemps
déjà une évidence : si nous continuons à vivre comme nous le
faisons, nous allons à notre perte.

Quand le pétrole viendra à manquer et que les camions
ne pourront plus rouler, que les métaux rares seront épuisés et
qu’on ne pourra plus fabriquer de moteurs électriques, que les
terres du monde entier seront tellement dévitalisées qu’on
n’aura plus assez de fertilisants chimiques à leur donner… que
mangerons-nous s’il n’y a pas d’espaces cultivés autrement,
partout, dans et autour de nos villes ?

À Dijon, les élus s’autoproclament « partenaires
officiels de la transition écologique », parlent d’« autosuffisance
alimentaire horizon 2030 » alors qu’ils, entre autres projets
absurdes, veulent construire un centre d’affaires en lieu et place
d’un champ de blé (“Éco-pôle” à Valmy), projettent de détruire
les terres maraîchères les plus riches du bassin dijonnais
(comme avec la bien nommée “Écocité Jardin des Maraîchers”,
boulevard de Chicago) à coup d’éco-béton, d’éco-polystyrène,
de voitures « apaisées »… Ces élus bienfaisants, les mêmes qui
se congratulent en plantant quatre arbres au milieu du bitume
aseptisé, se parent grassement de générosité sociale : sur le
papier la mixité est le maître mot, mais dans ces blocs de béton
“verts” haute surveillance, les riches propriétaires n’entrent pas
par la même porte que les petit·e·s locataires précaires.

Dans une ville en décroissance démographique et qui
compte plus de 7 000 logements vides, ces politicards veulent
encore densifier l’urbain là où la ruralité est à l’agonie, où les
villages se transforment un à un au mieux en dortoirs, au pire en
villages fantômes : “villages fleuris” qui ornent le cimetière de la
biodiversité et de la paysannerie, massacrées sur l’autel du
profit. Les quelques paysan·ne·s survivant·e·s, transformé·e·s en
forçats, sont appellé·e·s froidement « exploitant·e·s agricoles »,
du même nom que les grand propriétaires terriens et les pontes
de la FNSEA, à la solde des industries agro-alimentaires.

Les politicards, ce sont les tributaires du monde
capitaliste qui s’écroule, qui tente d’emporter avec lui tout
nouvel espoir en le labellisant, qui rachète et intègre tout ce qui
peut le faire vivre encore un peu, peu importe les minorités
écrasées, les dégâts humains et environnementaux, tant qu’il y a
de l’argent à se faire et du pouvoir à gagner.

Faire un pas de côté, c’est changer les règles du jeu
d’un coup : n’allons pas mendier un peu de bon sens aux
dirigeants, allons plus loin. Conquérir notre autonomie
alimentaire, c’est d’abord construire notre autonomie
politique.

Il n’y a pas d’écologie capitaliste !
Fauchons leur l’herbe sous le pied et agissons.
Occupons et cultivons ces terres en dehors des rapports
marchands !

Nous qui habitons et cultivons le Quartier Libre des Lentillères
contre sa bétonisation et essayons d’y inventer de nouvelles
manières de vivre ensemble, soutiendrons toute défense de
terres menacées par l’urbanisation et la marchandisation.

RASSEMBLONS-NOUS ET MONTRONS NOTRE UNITÉ ET NOTRE
DÉTERMINATION !

  • le vendredi 20 septembre avec les lycéen·ne·s en grève pour le climat puis avec la marche des associations ;
  • le samedi 21 septembre lors de la manif des Gilets Jaunes jointe à la Marche mondiale pour le climat ;
  • le vendredi 27 septembre pour le Banquet des Terres organisé par les Lentillères !

Appel à une rencontre des Communes Libres et des Listes Citoyennes !

RENCONTRE DES LISTES CITOYENNES ET DES COMMUNES LIBRES
COMMERCY – 23 ET 24 NOVEMBRE 2019

MUNICIPALES 2020: Créons partout des contre-pouvoirs locaux, Transformons le système par la base, Enracinons les résistances et les alternatives!

Depuis plusieurs mois la France est en ébullition. Depuis près d’une quarantaine d’actes les gilets jaunes manifestent pour la transformation du système, la justice sociale et la démocratie directe, qu’il vente, pleuve, neige, ou que la canicule menace. Des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour résister à la destruction de la planète. Les quartiers populaires, longtemps victimes invisibles de la violence d’État, sont de plus en plus présents en première ligne. Et tout pourrait bien reprendre à la rentrée tant le gouvernement continue ses politiques destructrices : assurance-chômage, sécurité sociale, retraites, urgences… de nombreux secteurs sont en passe de se mobiliser.

Pour le moment l’oligarchie verrouille le système au niveau national par une forte répression. Mais le pays palpite : partout ces mouvements cherchent à agir et construire localement. 230 groupes locaux de gilets jaunes étaient présents à la troisième « Assemblée des assemblées » à Montceau-les-Mines, des dizaines de « Maison du peuple » sont en projet, des collectifs écolos et citoyens se créent, les bases syndicales s’agitent, etc.

Il n’y aura pas de « retour à la normale » : d’immenses aspirations à la transformation sociale, démocratique et écologique s’expriment. Et pour ne pas qu’elles soient balayées, nous devons les enraciner au niveau communal, dans nos villages, nos villes, nos quartiers, partout où nous sommes !

La séquence vers les élections municipales de mars 2020 peut être une opportunité, à condition de ne pas tomber dans les pièges de la politique politicienne et les petites combines des élus locaux. Partout dans le pays, des centaines de projets de « listes citoyennes » sont en cours. Mais leurs méthodes et leurs objectifs sont très différents :
– Nombre d’entre elles risquent d’être un simple vernis « citoyen » sur des militants de partis locaux en quête de pouvoir.
– D’autres visent à prendre la mairie de manière indépendante des partis existants, sans forcément transformer le système en profondeur.
– Une minorité, enfin, cherche à instaurer des assemblées citoyennes indépendante des partis et prendre la commune pour instaurer une démocratie directe, rendre la totalité du pouvoir de décision aux habitants au sein d’assemblées communales, de RIC locaux, etc. Pour radicalement changer le système à la base, et transformer les conseils municipaux en simples délégués au service des habitants.

À Commercy, c’est ce dernier pari que nous faisons !

Nous ? Nous sommes plusieurs dizaines d’habitants impliqués dans la vie locale, des membres des gilets jaunes, d’associations, simples citoyens… Depuis mai, nous avons lancé une assemblée citoyenne, des groupes de travail, des formations locales pour réfléchir à comment transformer concrètement notre commune. Si notre projet de liste l’emporte, le conseil municipal aurait obligation d’entériner les décisions d’une assemblée communale ouverte à tous. Si elle ne l’emporte pas, l’assemblée municipale pourrait tout de même peser au niveau local et nous continuerons de renforcer notre ancrage.

Au-delà de l’échéance électorale, d’autres dynamiques sont en cours pour prolonger le souffle qui s’est levé chez nous. Car pour nous, se projeter dans les municipales n’est pas une finalité mais un moyen pour transformer le système à la base :
– Un moyen pour rendre partout le pouvoir de décider et d’agir à tous les habitants
– Un moyen pour enraciner le rapport de force là où nous sommes
– Un moyen pour grignoter les bases du système – ces élus et notables qui sont souvent les instruments de la politique d’en haut, comme on l’a vu avec le Grand Débat national

Surtout, se projeter dans les municipales ne doit pas se faire de manière isolée, au détriment de tout le reste. N’attendons aucun miracle des institutions et construisons partout des contre-pouvoirs indépendants ! Ouvrons des Maisons du peuple, organisons nos propres systèmes d’approvisionnement, instaurons des assemblées populaires parallèles, continuons de participer aux mouvements au niveau national !

Le chemin qui s’est ouvert depuis quelques mois n’est que le début du voyage : l’Histoire nous enseigne qu’il faut plusieurs années pour faire une révolution. Alors nous continuerons d’avancer, nous ne rentrerons pas chez nous !

Aux mouvements actuels et aux « listes citoyennes » municipales existantes, voilà la perspective stratégique que nous proposons :
1) Fédérer un réseau de « communes libres » et de contre-pouvoirs basés sur la démocratie directe et opposés aux puissances de l’argent et à la violence d’État
2) Construire ensemble un système plus juste dans nos quartiers, nos communes, nos villages
3) Renforcer les liens entre les alternatives et les résistances au niveau local et national

Voilà l’horizon de transformation vers lequel nous voulons aller pour bâtir un système plus juste ! Voilà un chemin pour en finir avec les désastres sociaux, écologiques et démocratiques ! Voilà ce que nous proposons à tous les citoyens, aux milliers de gilets jaunes, aux collectifs écologistes, aux comités des quartiers populaires, à toutes celles et ceux qui ouvrent et font vivre des « Maisons du peuple »…

Depuis Commercy, nous invitons donc d’ores et déjà toutes les personnes et groupes qui se reconnaissent dans cet appel à lancer leurs assemblées communales populaires, ouvrir des Maison du peuple, et réfléchir à la manière la plus stratégique de se renforcer au niveau local.

Puis, si vous vous reconnaissez dans cet appel, nous vous invitons le week-end du 23 ET 24 NOVEMBRE 2019 à une grande rencontre nationale à Commercy pour échanger et se coordonner ! Partageons nos expériences, donnons nous du courage et fédérons-nous pour faire boule de neige.

Lors de ces premières rencontres du genre nous voulons élargir sans nous enfermer dans des débats de militants spécialisés. Nous invitons les centaines de groupes locaux issus du mouvement des gilets jaunes, toutes les « listes citoyennes », les Maisons du Peuple, tous les projets communaux et groupes locaux réellement existants qui se retrouvent dans la perspective de cet appel !

Pour que cela soit bien clair nous rappelons que nous sommes totalement indépendants des partis politiques : nous ne voulons plus de leur système, de leurs conflits d’ego faits sur notre dos. C’est un autre monde que nous souhaitons construire, par la base. Nous pouvons le faire : alors rencontrons-nous et organisons-nous !

Inscription et information : communedescommunes@riseup.net
Assemblée Citoyenne Locale : assembleecitoyennecommercy@riseup.net

VIVE LA COMMUNE DES COMMUNES !
VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !

https://www.facebook.com/105578430819272/videos/475086839739807/

– Compagnies républicaines d’insécurité –

Je suis le bouclier
qui réfléchit ta peur
puis attise ton courage
Bleu

Je suis le casque
qui saigne ton visage
puis enlumine ta rage
D’or

Je suis le gaz
qui napalme tes bronches
puis hurle dans ta trachée
Rose

Je suis la balle
qui flashe sous ton arcade
puis étendarde ton œil
Noir

Je suis la grenade
qui arrache ton poing
puis déflagre ta colère
Rouge

Je suis la matraque
qui fouette dans ta chair
puis ressuscite ton corps
Mauve

Je suis la botte
qui s’essuie dans ton ventre
puis se souille de ta tripe
Verte

Je suis la gueule
qui déchire ton bras
puis se brise sur tes os
Ivoire

Je suis la charge
qui laboure ton espoir
puis sème ta Révolte
Jaune

Je suis le bras
sombre d’un pouvoir
qui tente de broyer
aux arcs de ton larynx
le souffle pur
de la Liberté
puis disperse alentour
mille éclats
de tes cris
translucides
en envol de guillotines.

— Combattants de l’arc-en-ciel —

Nous sommes – bleu
Nous sommes – or
Nous sommes – rose
Nous sommes – noir
Nous sommes – rouge
Nous sommes – mauve
Nous sommes – vert
Nous sommes – blanc
Nous sommes – Jaune
Nous sommes les sensibles
Nous sommes silencieux
Nous sommes les indicibles
Nous sommes licencieux
Nous sommes les invisibles
Nous sommes courageux
Nous sommes tous des Rimbaud-warriors.

Laurent Thines
Neurochirurgien au CHU de Besançon