– Compagnies républicaines d’insécurité –

Je suis le bouclier
qui réfléchit ta peur
puis attise ton courage
Bleu

Je suis le casque
qui saigne ton visage
puis enlumine ta rage
D’or

Je suis le gaz
qui napalme tes bronches
puis hurle dans ta trachée
Rose

Je suis la balle
qui flashe sous ton arcade
puis étendarde ton œil
Noir

Je suis la grenade
qui arrache ton poing
puis déflagre ta colère
Rouge

Je suis la matraque
qui fouette dans ta chair
puis ressuscite ton corps
Mauve

Je suis la botte
qui s’essuie dans ton ventre
puis se souille de ta tripe
Verte

Je suis la gueule
qui déchire ton bras
puis se brise sur tes os
Ivoire

Je suis la charge
qui laboure ton espoir
puis sème ta Révolte
Jaune

Je suis le bras
sombre d’un pouvoir
qui tente de broyer
aux arcs de ton larynx
le souffle pur
de la Liberté
puis disperse alentour
mille éclats
de tes cris
translucides
en envol de guillotines.

— Combattants de l’arc-en-ciel —

Nous sommes – bleu
Nous sommes – or
Nous sommes – rose
Nous sommes – noir
Nous sommes – rouge
Nous sommes – mauve
Nous sommes – vert
Nous sommes – blanc
Nous sommes – Jaune
Nous sommes les sensibles
Nous sommes silencieux
Nous sommes les indicibles
Nous sommes licencieux
Nous sommes les invisibles
Nous sommes courageux
Nous sommes tous des Rimbaud-warriors.

Laurent Thines
Neurochirurgien au CHU de Besançon

– Petites floraisons crépusculaires –

Fleurs de Banksy
Arborées comme un cœur pulsatile
Sur tous les murs du son

Fleurs graffées
Griffant les rues de nos villes
Jaune révolution

Bombes de mots sur tous les murs des cons
Attentat langagier
Contre la laideur en chantier

Fleurs rageuses grand ouvertes
Sur les tôles-tamtam de lutte
Palpant les battements du cœur

Fleurs de Banksy
Au pistil d’insolence
Sur le fronton des banques

Et tout à coup fleurissent au loin les grappes d’armures
Des hommes sont sur nous qui voient en nous des chiens
Ils frappent au hasard et fauchent la beauté
Ils poussent parmi nous comme ronces perfides
– Cris étranglés au bord du masque
Larmes toxiques au bord du casque –
Ils ne lâcheront pas leurs maîtres
Ils sont la solitude démultipliée
Du monde qui meurt
Sous leur carcasse on cherche encore le bourgeon de l’âme
Et soudain les grenades sont mûres

et je dis FLEURS !

— fleurs d’artifices
pulvérisées en fusées de sang —

Délicates fleurs de chair
Juste au coin de nos larmes
Efflorescences d’orbites

Éclats d’arcades
Pivoines de tendons
Rhizomes de nerfs
soufflés comme aigrettes de pissenlits
dans le printemps qui va

Et je dis FLEURS !

Dans les champs sur les champs
Germent les dents de lion
Ici nous avons tous des noms vernaculaires
Ici aucune inflorescence ne capitule

Bouquets de poings tendus vers le ciel.

Cathy Jurado