À nos corps défendants

Durée : 90 min
Année : 2019
Réalisation : IanB

Synopsis

Ce film ne raconte pas une histoire. Il se veut une approche sensible et radicale des violences psychologiques et physiques infligées aux habitant·es des quartiers populaires par la police. Les récits prennent place dans la France des vingt dernières années, celle de l’après Sarkozy, et sont rapportés par les premier·e·s concerné·e·s : pas de sociologue, pas d’historien, pas de journalistes ni de storytelling. Juste la parole de celles et ceux qu’on voudrait voir silencieux·ses : Wassil Kraiker et ses parents Zohra et Abdelaziz, des jeunes d’Argenteuil, Amine Mansouri et son père Moustapha, Ali Alexis et son épouse, Ramata Dieng et Farid El Yamni…

On y aborde la question de la domination, ou comment l’État traite les corps étrangers pour mieux les contrôler. Il est question de racisme, de torture et d’un combat vital pour la vérité. Les protagonistes de ce film n’avaient pas choisi de devenir un jour visibles, mais les violences systémiques en ont fait des combattant·e·s, à leurs corps défendants.

Sur le réalisateur

IanB est membre fondateur d’un collectif qui existe et se bat depuis 2012 contre les violences d’État, Désarmons-les ! Ce film, il l’a pensé à la fois comme une manière de clore un chapitre dans son combat personnel, une déclaration de guerre et un message sans concession à l’attention de celles et ceux qui oseraient encore nier le caractère systémique des violences policières.

À NOS CORPS DÉFENDANTS – TEASER – 2019

Ce film ne raconte pas une histoire. Il se veut une approche sensible et radicale des violences psychologiques et physiques infligées aux habitant·es des quartiers populaires par la police. Les récits prennent place dans la France des vingt dernières années, celle de l’après Sarkozy, et sont rapportés par les premier·e·s concerné·e·s : pas de sociologue, pas d’historien, pas de journalistes ni de storytelling. Juste la parole de celles et ceux qu’on voudrait voir silencieux·ses : Wassil Kraiker et ses parents Zohra et Abdelaziz, des jeunes d’Argenteuil, Amine Mansouri et son père Moustapha, Ali Alexis et son épouse, Ramata Dieng et Farid El Yamni…

On y aborde la question de la domination, ou comment l’État traite les corps étrangers pour mieux les contrôler. Il est question de racisme, de torture et d’un combat vital pour la vérité. Les protagonistes de ce film n’avaient pas choisi de devenir un jour visibles, mais les violences systémiques en ont fait des combattant·e·s, à leurs corps défendants.

https://volte-face.info/film-a-nos-corps-defendants/

Génération gueule de bois, la fête est finie !

Une soirée entre amis. Comme souvent, les excès ne se comptent pas. La musique est forte, les discussions vont bon train. Tous là pour profiter d’une bonne soirée. Jusqu’au verre de trop, jusqu’au mot de trop. Ceux qui te font tourner la tête, tourner les idées, mais qui ouvrent une fenêtre de lucidité sur ton monde. Tu es la génération gueule de bois…

Si la retraite à points passe… je rends mon tablier !

J’appartiens à cette génération qui a connu les difficultés d’insertion dans le monde du travail, les petits salaires, les CDD, le chômage, la souffrance au travail (le stress, le néo-management pathogène – pléonasme ! – le burn out, l’absence de sens, les pathologies de surcharge) la crise de 2008 et le déclassement. J’appartiens enfin à cette génération qui aura demain une retraite de misère, et qui devra attendre 64, 65, 66 peut-être même 67 ans pour toucher cette obole.

Car cette retraite sera calculée sur toute une carrière, une carrière malmenée faite de petits salaires, de périodes de chômage, d’arrêts maladie, de reprise de travail sur des postes mal payés, de temps partiel. Alors à quoi bon ? A quoi bon continuer à s’user la santé ?

La retraite c’était le dernier espoir, l’ultime porte de sortie, la lumière au bout du chemin. Certes le chemin était encore long. 62 ans, quand on est dans sa jeune quarantaine, ça semble loin. Mais ça paraît accessible. On se dit qu’il faut tenir, tenir encore 20 ans pour toucher cette pension qui sonne comme une libération. Car c’est bien cela qu’il y a au bout du chemin : la liberté. Etre libéré enfin ! Libéré de cette taule qu’est l’entreprise. Pour vivre pleinement !

Mais voilà, avec la retraite à points le dernier espoir s’évapore. Il ne s’éloigne pas, il disparaît. Il devient fantasme pour générations sacrifiées. Ce que l’avenir nous promet c’est le sort qui était réservé aux vieux d’avant la retraite d’Ambroise Croizat. Pauvreté et soupes populaires. Alors à quoi bon ? A quoi bon continuer ? Pourquoi se lever lundi matin ? Pourquoi « bondir du lit, avaler sans plaisir une tartine, chier, pisser, se brosser les dents et les cheveux, se débattre dans le trafic » ?

J’étais dans la rue le 5 décembre. J’y étais le 10 et puis le 17 aussi. J’y serai encore le 9 janvier (peut-être dès le 2 ou le 7) et tous les autres jours de manif qui suivront. Pour la victoire ou pour le dernier baroud d’honneur. Et si cette putain de retraite à points passe, alors j’arrête tout ! J’arrête de me lever le lundi matin et tous les autres jours qui suivront. Si l’ultime porte de sortie se referme, je rends mon tablier, mon badge et les clés. Parce que, quitte à crever d’un cancer à 65 ans dans un hospice miteux sans avoir goûté les joies de la retraite ou à 75 ans dans la misère d’un studio insalubre par 45°C au cours d’un mois de juillet 2050, autant tout envoyer valser maintenant, vivre pleinement aujourd’hui puisque demain n’existe pas et se faire sauter le caisson dans 20 ou 25 ans !

Eva Thomas

Source : https://lundi.am/Si-la-retraite-a-points-passe-je-rends-mon-tablier